Témoin de l’exclusion des Roms

Petite sœur Marie-Françoise visitait régulièrement des familles Roms jusqu’au 21 août où eut lieu l’expulsion…

Sur notre secteur paroissial de Stains-Pierrefitte, des familles Roms (autour de 200 personnes) ont occupé un terrain vide depuis mars 2012. Il se trouve que ce bidonville est situé juste à côté d’une église de Stains. Le curé de notre secteur a entendu cette proximité comme un appel de Dieu pour les chrétiens à s’y rendre présents.


C’est ainsi que chaque mercredi, de 14h à 16h, une petite équipe est allée à la rencontre des enfants et des adultes avec des livres pour enfants que nous avions récoltés ici et là, ainsi qu’avec des feuilles et des crayons : les enfants aiment beaucoup dessiner ! A notre arrivée sur le terrain, nous commençons toujours par chercher un coin, un peu à l’abri, pour nous installer entre les cabanes et demandons à l’un ou l’autre, si nous pouvons emprunter une planche, une table… Quand nous arrivons, les enfants et les adultes disent: ”la scuola” (l’école) ! Nous redisons à chaque fois que nous ne sommes pas l’école, mais qu’il faut y envoyer les enfants…

Cette petite équipe de chrétiens a été fidèle toute l’année malgré la boue, le froid, les rats, les fumées, parfois toxiques, l’obstacle de la langue… Ainsi au fil des semaines, des liens se sont créés, des projets se sont élaborés…


Tout au long de l’année, nous avons admiré le courage et la persévérance des familles pour affronter des conditions de vie difficiles, le manque d’eau, de ramassage des poubelles, les circonstances malheureuses… Ainsi, après un incendie où beaucoup de familles ont perdu papiers, argent, le peu qu’elles avaient… elles ont simplement reconstruit…

Nous avons admiré leur ingéniosité pour construire leurs cabanes, fabriquer des poêles à partir de rien, leur goût pour agrémenter l’intérieur des cabanes - ainsi, un beau cadre avec une peinture sur la cloison d’une pièce -, leur ténacité pour nettoyer l’intérieur et le devant de leur cabane : j’ai encore le souvenir d’une maman qui, avant de nous prêter une table, l’a soigneusement nettoyée puis recouverte d’une nappe de fortune! Le camp, en général, est une vraie ruche : tous s’activent, qui pour réparer une voiture, qui pour récupérer des métaux, qui pour préparer à manger, qui pour faire la lessive, qui, pour aller chercher de l‘eau ou de la nourriture…

Cependant, dès notre arrivée, une menace planait sur le terrain. Antonietta voulait nous construire un baraquement pour que nous puissions nous mettre à l’abri et au chaud avec les enfants, mais, comme elle disait, « on va être bientôt expulsés… » Alors à quoi bon ? Cette angoisse a été constante tout au long de l’année…

Ce 21 août, a eu lieu l’expulsion…

Des familles sont reparties en Roumanie et reviendront en France, dès que possible, dans l’espoir de trouver un lieu pour y élever décemment leurs enfants, dans l’espoir de trouver un travail, une maison, dans l’espoir que les enfants puissent aller à l’école…
Un enfant me disait qu’il ne voulait pas aller en Roumanie « on a faim là-bas »… D’autres familles se sont réinstallées sur des morceaux de terrain trouvés au bord d‘une autoroute…, en attendant une nouvelle expulsion…

Jusqu’à quand vont-elles être ainsi exclues de partout ?
Or l’union européenne, au nom de l’égalité et de la lutte contre les discriminations a fait de l’intégration des Roms une priorité (cf La Croix, 31 octobre 1er novembre 2012). En 2011 il a été demandé à chaque état membre d’élaborer une « stratégie nationale d’intégration des Roms ».

Une enveloppe budgétaire a été prévue : quelle utilisation de ces fonds européens pour les Roms, en France comme ailleurs??? Jusqu’à quand aussi tous ces préjugés, qui stigmatisent toute une population?

Pour ceux qui désirent mieux comprendre, un petit guide pour lutter contre les préjugés sur les Roms a été édité par Romeurope, collectif national des droits de l’homme qui regroupe de nombreuses associations, parmi lesquelles le Secours Catholique, CCFD-Terre solidaire… Il est possible de le télécharger sur internet.

Aujourd’hui se célèbre dans le monde, le cinquantième anniversaire du discours de Martin Luther King « I have a dream», j’ai envie de dire : Je rêve que, un jour, les petits garçons et les petites filles Roms, les petits garçons et les petites filles européens, africains, latino-américains, asiatiques et océaniens, pourront tous se prendre par la main comme frères et sœurs. Je fais aujourd’hui un rêve !

« …Je rêve que, un jour, tout vallon sera relevé, toute montagne et toute colline seront rabaissées, tout éperon deviendra une plaine, tout mamelon une trouée, et la gloire du Seigneur sera révélée à tous les êtres faits de chair tout à la fois (cf Isaïe 40, 4-5), telle est mon espérance. Telle est la foi que je remporterai dans le Sud. Avec une telle foi, nous serons capables de distinguer, dans des montagnes de désespoir, un caillou d’espérance. Avec une telle foi nous serons capables de transformer la cacophonie de notre nation discordante en une merveilleuse symphonie de fraternité. Avec une telle foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d’aller en prison ensemble, de nous dresser ensemble pour la liberté, en sachant que nous serons libres un jour… » (Extraits du discours de Martin Luther King à l'occasion de la Marche sur Washington en 1963)

Petite Soeur Marie-Françoise