« Une seule famille humaine »

Engagée dans la Pastorale des Migrants

« Ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait » - cette phrase de l’évangile était très chère à Charles de Foucauld. Rencontrer le Christ dans les plus petits, les pauvres, c’est devenu un fil rouge dans sa vie. Partageant la vie des Touaregs au Sahara, il voulait être leur frère, le frère de tous, le frère universel.

L'équipe nationale de la Pastorale des Migrants

Cette intuition de Charles de Foucauld m’accompagne depuis bien longtemps dans ma vie de Petite Sœur. Elle se concrétise maintenant d’une manière nouvelle dans mon travail à la Pastorale des Migrants. Depuis 2011 je fais partie de l’équipe d’animation du Service National de la Pastorale des Migrants (qui est un service des évêques de France).

Humaniser  la rencontre avec l'étranger, être solidaire avec le frère/la sœur en difficulté et encourager les Eglises locales à accueillir les chrétiens d'origine étrangère – ce sont des axes de notre engagement, au nom de l’évangile.

Mais concrètement : comment cela se traduit-il dans mon quotidien ? Je pense d’abord à tant de rencontres avec des migrants ou avec les personnes engagées auprès des migrants, à tant de témoignages reçus, parfois même par mail ou courrier, dans l’anonymat:
- Je pense à un jeune Congolais, venu en France encore mineur. Au sein d’un groupe de la Pastorale des Migrants, il a découvert, qu’il est important pour d’autres, qu’il compte pour eux. Il a commencé à « exister » d’une nouvelle manière.
- Je pense à une jeune chrétienne qui m’écrit avec beaucoup de souffrance : Quand est-ce que les autres paroissiens vont commencer à me regarder comme une sœur, et non plus comme une étrangère ? Quand est-ce que quelqu’un va me dire enfin « Bonjour » ?
- Je pense à tant de personnes engagées auprès des migrants qui se battent à leur côté pour les aider à obtenir leurs papiers, un logement, un travail, des soins, qui cherchent avec eux une vie dans la dignité après avoir vécu tant de souffrances et d’errances.

- Je pense à ces célébrations multiculturelles, avec des chrétiens de différentes cultures et nations – expérience d’universalité où nous nous retrouvons frères et sœurs dans le Christ, dans la diversité de nos sensibilités et de nos manières à exprimer notre foi.

Célébration de la Pastorale des Migrants à Nantes


Toutes ces expériences ne me laissent pas indifférente. Si la question de l’intégration est certes complexe, je suis interpellée par toutes ces personnes venues d’ailleurs, je suis interpellée dans ma foi, mais aussi tout simplement dans mon humanité. Je suis confrontée aux injustices au niveau mondial, souvent à l’origine des migrations. Je suis confrontée aux persécutions et souffrances subies par tant de migrants. Et quand ils arrivent en France, combien de fois entendent-ils : « Tu n’as qu’à rentrer chez toi ! » Ou je lis les chiffres d’expulsions dans le journal, comme si on parlait des marchandises… Et je suis habitée par ces phrases de l’évangile : « J’étais étranger et vous m’avez accueilli ; ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait… »

Nous travaillons en lien étroit avec des associations et organisations au service des migrants. Leurs compétences et engagements permet d’aider les migrants dans les questions très concrètes de leur vie quotidienne (papiers, droits, intégration, logement,...) Le partenariat avec d’autres permet aussi le plaidoyer au niveau politique et juridique pour faire avancer la situation des migrants et permettre une vie plus digne. Et néanmoins, nous restons confrontés aussi à beaucoup d’impuissance, quand on n’arrive pas à débloquer certaines situations, quand les gens restent dans la rue, quand des personnes doivent quitter la France et affronter un avenir plus qu’incertain.

Je n’ai pas de réponse pour toutes ces personnes, pour toutes ces situations souvent compliquées et difficiles, mais c’est un appel permanent à la conversion, vers plus d’humanité, vers plus de fraternité. S’ouvrir à l’autre, aller au-delà de nos préjugés, de nos peurs, de nos idées... ! Ce travail dans la Pastorale des Migrants nous permet d’aller à la rencontre des migrants, de les écouter, de découvrir un peu de leur chemin, de leur famille, de leur quête de vie (parfois de survie), de leur chemin de foi et de leur recherche d’un sens. « Les migrants » deviennent des personnes, avec un visage, avec une histoire. Nous encourageons beaucoup ces temps de rencontre et de partage qui bousculent bien souvent nos convictions et préjugés, qui nous permettent de faire un petit pas sur le chemin de fraternité.

Souvent je suis frappée par la foi des migrants. « C’est Dieu qui m’a fait tenir ! » disent-ils souvent. Avec quelle ferveur et quelle confiance ils mettent leur vie dans les mains de Dieu ! Parfois c’est même déroutant pour moi, marquée par le rationalisme de nos sociétés occidentales, avec notre manière occidentale de vivre notre foi… Parfois nous pouvons aller plus loin ensemble, dans l’écoute mutuelle, dans l’échange sur ce qui nous fait vivre ou sur la présence de Dieu dans nos vies…

Si nous osons des chemins de rencontre, quelle richesse nous y est donnée ! Je repense à la célébration de fiançailles d’une jeune tamoule dans notre quartier où nous étions invités. « Cet après-midi, vous allez partir avec nous en Inde », nous disait la maman en nous accueillant. Oui, c’était vraiment un autre monde : des rites inconnus, des chants et prières en tamoul, un repas indien savoureux.

Chrétiens tamouls pendant la procession d'offrandes

Quelle beauté des saris ! Quel soutien des familles pour cet engagement de leurs enfants. Nous ne pouvons que rendre grâce pour ce moment de partage, expérience d’appartenir ensemble à cette grande famille humaine !

Oui, nous sommes une grande famille. En tant que chrétiens nous nous savons tous frères et sœurs dans le Christ, appartenant à cette grande famille humaine qui a du prix aux yeux de Dieu. C’est encore en « germe », mais avec nos petits pas, nous avançons sur le chemin.

A l’occasion de la Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié, nous avons collaboré dans plusieurs émissions vidéos et radios qui peuvent vous donner également un écho de ce travail :
- Vidéo du Service National pour la Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié le 13 janvier 2013
- Reportage de KTO-TV : « Migrations : pèlerinage de foi et d’espérance »

Petite Soeur Christine