Avec les migrants au Salvador
Témoignage de petite sœur Maryse

Des nombreux salvadoriens et salvadoriennes choisissent l’émigration vers le Nord comme seule possibilité d’avenir… mais l’aventure est périlleuse et échoue souvent. Petite Sœur Maryse nous partage ce qu’elle vit, au Salvador, auprès de ceux qui reviennent n’ayant pas pu franchir la frontière américaine.     


Depuis février 2015, je suis bénévole dans un Centre d’Accueil gouvernemental de migration qui accueille des migrants, arrêtés au Mexique dans leur transit vers les Etats Unis. J’aimerais vous partager sur ce phénomène de la migration ici au Salvador.

Depuis la guerre civile la migration est une réalité quotidienne au Salvador pour différentes causes. Aujourd’hui c’est principalement le manque de travail, le peu d’opportunité qu’offre le pays pour vivre dignement, l’attraction des Etats Unis, la réunification des familles et à cela s’ajoute, maintenant, la violence des bandes qui provoque une migration interne et externe pour des familles entières et des jeunes qui refusent d’entrer dans ces "maras" . Les pays où vont principalement les salvadoriens et salvadoriennes sont en premier les Etats Unis puis le Mexique, l’Italie, l’Espagne, les autres pays d’Amérique Centrale et du Sud, le Canada et l’Australie. Chaque jour 300 personnes environ quittent le Salvador et la majorité en direction des Etats Unis en passant par le Guatemala et le Mexique et pratiquement le même nombre, chaque jour, du lundi au vendredi, sont déportés depuis le Mexique et reviennent à la case départ, en bus ou en avion. C’est de plus en plus difficile d’entrer aux Etats Unis, il y a un contrôle accru dans tout le territoire du Mexique et le gouvernement des Etats Unis donne au gouvernement du Mexique une somme d’argent pour chaque déporté renvoyé dans son pays, c’est donc une véritable chasse aux migrants salvadoriens, honduriens et guatémaltèques, en majorité. De plus la route est très dangereuse ; c’est le plus grand couloir migratoire du monde, environ 5000 km et il faut vingt cinq jours pour le parcourir à pied avec des températures extrêmes, humiliations, atteintes à l’intégrité physique et émotionnelle, viol, vol, disparition et même, risque d’y perdre la vie.

Le nombre de salvadoriens et salvadoriennes vivant aux Etats Unis dépassent les deux millions, c’est le tiers de la population du Salvador ; certains ont la résidence mais beaucoup sont illégaux, même si cela fait plus de dix ans qu’ils vivent dans le pays. Les lois migratoires sont très sévères et aujourd’hui il est devenu presque impossible d’être régularisé et tous les migrants en situation illégale, vivent dans la peur continuelle d’être arrêtés par la "Migra" . Mais toutes ces difficultés ne stoppent pas le désir d’aller au "Nord" et n’arrêtent pas le flux migratoire.



Chaque mardi, je vais dans le Centre d’Accueil des Migrants (CAIM) ; c’est le jour, avec le vendredi, où arrivent les familles et les adolescents qui voyagent seuls, les autres jours ce sont seulement des adultes seuls. Nous avons une très bonne relation avec le personnel de migration qui nous a demandé de les aider auprès des enfants le temps que les parents fassent les démarches administratives.


Nous les recevons dans un espace prévu à cet effet où ils peuvent jouer, colorier, écouter des histoires, se distraire après ce qu’ils ont vécu. Une vingtaine d’enfants de quelques mois à 14 ans arrivent ces jours-là et le même nombre d’adolescents, de 15 à 18 ans, qui ont voyagé seuls. Les adolescents sont pris en charge par l’Institut gouvernemental pour l’enfance et l’adolescence, ISNA, jusqu’à ce qu’un adulte de la famille vienne les chercher et les récupère après tout un processus administratif. J’ai aussi l’occasion de parler avec les familles et les adultes qui arrivent et de pouvoir écouter leur histoire, ce qu’ils ont vécu au cours de leur voyage et la raison de leur départ. Ils ont besoin de raconter leur souffrance, ce qui les a amené à prendre la décision de partir, de laisser la famille, leur maison, le pays où ils ont grandi, travaillé, construit une vie au prix de nombreux sacrifices et qu’ils ont dû abandonner, pour certains, du jour au lendemain. Parfois ils ne savent même pas où aller au retour car ils n’ont plus rien et l’insécurité les oblige à ne pas retourner là où ils vivaient. Ce sont des drames que j’entends ainsi chaque mardi et je me sens bien impuissante car je ne peux leur offrir aucune solution, seulement leur dire que je les porte dans ma prière.


 

Extrait du bulletin des Petites Sœurs de l’Evangile décembre 2016


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