Le train des enfants au Vatican

Le 30 mai 2015, à l'occasion de la troisième édition du "Train des enfants", le pape François a rencontré des enfants dont un des parents purge actuellement une peine de prison. Petite sœur Anna, de la fraternité de Barri, a été associé à l’évènement. Elle nous raconte.

Petite Soeur Anna

Invitation surprise

Début mai une amie, bénévole à la prison, me parle du Pape qui veut rencontrer les enfants des détenus. Puis elle m’envoie un communiqué du ministère de la justice qui n’explique pas trop, mais il dit que les enfants des personnes qui sont en prison sont invités au Vatican le 30 mai 2015, accompagnés par un parent.

Je pense tout de suite aux femmes que je rencontre chaque semaine à la prison. Leurs enfants sont tous très loin et il y en a qui sont confiés à d’autres familles et même qui sont adoptés. Ça ne les concerne pas et je ne vais même pas leur en parler pour ne pas ouvrir des blessures très douloureuses pour elles. Mais je sais que dans notre quartier il y a des familles qui ont des problèmes avec la justice. Beaucoup d’hommes, mais aussi de femmes sont aux arrêts chez eux, (une peine alternative à l’emprisonnement), ce n’est pas sans difficultés pour leurs femmes et leurs enfants. Est- ce que ces enfants pourraient participer?

Je téléphone à la prison et parle avec l’assistante sociale qui est chargée de cette question et voilà que je me retrouve comme point de référence pour notre quartier. Il faut faire connaitre l’initiative, prendre les inscriptions, donner les renseignements. Je contacte deux communautés religieuses qui sont sur le même quartier et une autre sœur qui est visiteuse de prison. Nous avons seulement deux semaines pour prendre les inscriptions et les passer au bureau de la prison.


Dans les ruelles de Bari

Les femmes de notre quartier

Je commence à le dire à quelques femmes, nos voisines, mais je les sens un peu méfiantes, elles prennent des excuses pour ne pas participer. Je suis tentée de laisser tomber …et puis il y a une jeune femme qui, encouragée par les sœurs de St Vincent, arrive à la maison, elle veut s’inscrire avec ses deux enfants. Après elle, une autre se pointe, et puis son amie et puis sa cousine …. Enfin nous arrivons à rassembler une quarantaine de noms entre enfants et parents, dont la plupart sont des jeunes mamans.


Beaucoup de coups de téléphone se suivent car le bureau de la prison est mal organisé, informations et contre-informations dans un sens et dans l’autre. Puis la visite d’une déléguée du Vatican change encore les règles pour participer, d’autres coups de téléphone aux familles. Mais le jour s’approche, l’émotion monte, tout le monde est ravis … je regrette de n’avoir personne à la prison pour avoir droit de participer moi aussi à ce beau voyage !

Mais voilà qu’un coup de téléphone de la prison me demande si je suis disponible pour être référente pour un wagon du train. Bien sûr que oui ! Et Carla, une autre petite sœur de la fraternité, pourra participer aussi!

Entre temps, j’arrive à comprendre un peu plus dans quelle histoire je me suis mêlée. Depuis trois ans le « Pontificio Consiglio della Cultura » organise ces visites pour des enfants défavorisés pour qu’ils puissent rencontrer le Pape (Benoit XVI la première année et François les années suivantes). Les chemins de fer italiens mettent à disposition gratuitement un train ainsi que le repas. Le premier train partait de Milan et passait de Bologne et de Florence ; il transportait des enfants séparés de leurs familles pour différentes raisons et accueillis dans des communautés éducatives. La deuxième année c’était le tour des écoles d’un quartier fort marginalisé de Naples (La Sanità), accompagnés par leurs enseignants. Et cette année le « Train des enfants » transportera les fils et les filles des prisonniers de Bari et de la région des Pouilles. Pas d’autres arrêts … arrivée directement à l’intérieur du Vatican. De quoi faire sentir privilégiés ces femmes et ces enfants souvent honteux de leur situation familiale !

Dans le train

Nous voilà à 5 heures et demi du matin, les référents des wagons avec un t-shirt rouge (donc Carla et moi !) et les animateurs un t-shirt jaune, à la gare de Bari, chacun avec un badge avec un ruban rouge pour les enfants et bleu pour les adultes accompagnateurs.

Dans le train beaucoup de personnel souriant, prêts à offrir services, aides et nourriture en abondance. Chacun a droit à une casquette rouge avec le logo des chemins de fer. Quatre heures et demi de voyage, qui passent bien vite jusqu’au moment où le train s’arrête, derrière la basilique St. Pierre. Il y a du monde qui nous attend: les enfants des prisonniers de Rebibbia (une grande prison de Rome), puis des prélats, des « Monseigneurs » aux boutons rouges et des laïques français avec des t-shirts marqués «Parvis des Gentils » . Ils nous accompagnent au lieu de la rencontre et ils donnent aux enfants des cerfs volants, avec lesquels ils pourront accueillir le Pape. Dans la salle il y a un espace réservé aux enfants et derrière des barrières l’espace pour les adultes.

Le pape veut rencontrer chacun

L’attente est un peu longue, mais voilà qu’à midi le Pape François arrive. Pour chacun c’est une grande émotion et une grande joie de le voir si proche, si abordable, se laissant toucher par les petits! Il y a une levée de portables, chacun voulant fixer avec une photo ce moment, pour son histoire.
Les plus grands parmi les enfants aussi font des photos, mais les petits ne se soucient pas de l’histoire, ils regardent le Pape comme un grand père, ils lui parlent, il ne nous est pas donné de savoir ce qu’ils se disent …Le Pape fait un petit discours, tout simple en dialogue avec les enfants et puis il veut rencontrer chacun des adultes aussi. Sur les visages des mamans, derrière des barrières, il y a des larmes qui coulent, larmes de joie. L’une ou l’autre allonge son petit qu’elle porte dans ses bras, le Pape l’embrasse, il fait un caresse, une petite croix sur le front. Pour chacun un sourire, une exclamation, une parole.
Je me tiens derrière, je ne désire pas me presser dans la foule, la rencontre est pour eux, mais je me réjouis de voir la joie de chacun, je bénis le Seigneur pour cet homme qui montre si bien Son amour et Sa miséricorde.
Ici ce ne sont pas les paroles qui comptent, c’est la qualité de la rencontre, une rencontre qui donne dignité. Chacun se sent aimé et accepté pour ce qu’il est. Après une petite heure le Pape s’en va, il salue de la main, les gens applaudissent.

Dans la même salle on nous a préparé un buffet, il y a de la nourriture en abondance pour tout le monde : ça me rappelle les fêtes à Haïti, à Madagascar…
Et puis on va dehors, une promenade dans les jardins du Vatican jusqu’à la grotte de Lourdes, en haut de la colline, tout est propre, en ordre, les arbres, la prairie, les fleurs …. Les enfants apportent un peu de désordre, mais de la vie aussi ! Cela ne doit pas arriver souvent, ici, de voir courir des enfants et d’entendre leurs cris !

Joie et partage au retour

Vers 15 heures nous voilà au train, qui est toujours là, derrière St. Pierre, il nous attend depuis ce matin… le cœur plein de joie chacun reprend sa place, les plus petits s’endorment, mais la plupart jouent avec leurs nouveaux amis, compagnons d’un voyage probablement unique dans leurs vies.
Les mamans aussi ont pris confiance et se racontent leurs vies : les longs voyages à la prison, les violences des maris, la fidélité au long des années, les problèmes avec les enfants, les difficultés avec les assistantes sociales, avec l’école, le manque de travail …. Mais elles se sentent moins seules, d’autres femmes partagent leurs soucis…. Et le Pape, sans doute, aujourd’hui va prier pour elles, comme elles vont prier pour lui.

Petite Sœur Anna




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