Le chemin de l'écologie intégrale n'est-t-il
pas "simplement" un chemin de fraternité?



Echo à l’encyclique "Laudato Si" du pape François à partir de la vie concrète à la fraternité
de Port-au-Prince à Haïti

 

Petite Sœur Vanna


Avant de venir en France pour les études, j'ai été pendant 4 ans en Haïti dans notre fraternité de la banlieue de Port au Prince, dans un quartier "produit" des inégalités et injustices du pays et du monde.
Pendant ce temps j'ai eu des comportements à faire révolter n'importe quel lecteur de "Laudato Si": par manque d'un système de ramassage d'ordures, voilà que nous brûlions tout ce que était inflammable dans un bidon et jetions les autres déchets quotidiens dans un petit ruisseau. (Les épluchures étaient très appréciées par les cochons qui y vivent librement). Ce ruisseau passe au milieu de notre quartier, une agglomération "sauvage" surpeuplée, dépourvue du système d'eau et d'égouts. Dans la fraternité, nous avons une fosse septique mais la plupart des gens du quartier n'ont même pas pu creuser un trou très profond pour le même usage!! Ils se servent donc de seaux qu'ils vident régulièrement dans ce même ruisseau où chaque matin, tôt, des hommes, marchant dans cette "eau" récoltent les objets en plastique.
Pendant ces années j'ai utilisé aussi une quantité énorme d'eau de javel (il fallait choisir entre polluer l'eau ou attraper le choléra). Moi aussi j'ai été destructrice de la nature. Je n'avais pas le choix!



Dans cette île tropicale il ne reste plus que 1,5% de forêt !! Le déboisement est une plaie profonde qui a détruit l'écosystème et empiré la vie déjà très difficile des gens.
J'ai fait l'expérience de combien l'absence de nature contribue à déshumaniser l'homme. Combien la violence des enfants du quartier était due aussi à ce manque!! Comment un enfant peut-il vivre 365 jours par an dans un environnement sale où dominent le ciment et la poussière? Moi la première j'avais un besoin viscéral de "vert"!
Face à cette réalité, ces paroles du pape François prennent de la force: « Je voudrais faire remarquer que souvent on n’a pas une conscience claire des problèmes qui affectent particulièrement les exclus.

Ils sont la majeure partie de la planète, des milliers de millions de personnes. (….) qu’une vraie approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans les discussions sur l’environnement, pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres. » (Laudato Si n° 49)


Tout est lié…il faut respecter la nature sans oublier l'homme et penser à l'homme sans oublier la nature… « Il n’y a pas d’écologie sans anthropologie adéquate. (…) Un anthropocentrisme dévié ne doit pas nécessairement faire place à un “bio-centrisme”, parce que cela impliquerait d’introduire un nouveau déséquilibre » (Laudato Si n°118)

Là où l'homme n'a pas sa juste valeur la nature aussi en souffre et là où la nature n'est pas respectée l'homme se déshumanise encore plus: « la dégradation de l’environnement et la dégradation sociale, s’alimentent mutuellement » (Laudato Si n°122).




L'attitude de vie individuelle et collective a des impacts sur les autres êtres humains, et sur les "dynamiques cosmiques"; en prendre conscience demande un long chemin. Ne faudrait-il pas partir d'une ouverture sur la réalité des autres? Un "autre"  considéré comme un être sacré qui mérite une vie digne. Le chemin de l'écologie intégrale n'est-t-il pas "simplement" un chemin de fraternité?




Extrait d’un travail réalisé lors d’un forum sur la vie de l’Eglise à l’Institut Catholique de Paris par ps Vanna, étudiante
Paru dans le  bulletin des Petits Sœurs de l’Evangile - décembre 2016

 

Retour à Actualités