La caravane, notre monastère ambulant 

Trois petites soeurs ont partagé la vie des voyageurs à plein temps pendant de longues années, aujourd'hui elles vivent en fraternité à Bonnefamille dans l'Isère et continuent à « voyager » à certains moments de l'année.

Notre monastère ambulant


La caravane - notre monastère ambulant - a sagement repris sa place sur le petit parking qui lui est réservé à Bonnefamille!... Les voyages sont terminés jusqu'au printemps prochain.
Je voudrais partager avec vous comment nous continuons à vivre notre mission auprès des Voyageurs, dans cette nouvelle étape qui ressemble fort à une sédentarisation, en cela, nous sommes proches de la plupart de nos amis, de plus en plus sédentaires, suite aux pressions de toutes sortes et très fortes de la société.

Avant tout je dirai qu'il nous a fallu du temps - et il en faudra encore ! - pour nous adapter à un autre rythme, pour vivre autrement la présence et la mission dans la fraternité de Bonnefamille qui a plusieurs visages : noviciat, étudiantes, village-paroisse, gens du voyage... et de passer de trois à une grande fraternité avec ses richesses et ses exigences. Il y a toujours un équilibre à rechercher ensemble sœurs fixes de la fraternité. 

Les chants sont très importants!

Concrètement, nous repartons au printemps, vivre la Semaine Sainte avec des amis manouches du Centre de la France, un groupe très pauvre et isolé, qui voyageait peu et qui un jour a planté ses caravanes à chevaux sur un terrain et n'en a plus bougé, nous avions choisi de leur être proches et nous continuons - pour eux c'est une présence d'amitié et d'Eglise ;

ensuite jusqu'en septembre, ce sont les pèlerinages et sessions : Pellevoisin, Saintes Maries de la Mer, Paray-le-Monial, Ars, Lourdes, Mont Saint Michel et des petits pèlerinages de notre Région Rhône-Alpes.

Le voyageur aime vivre sa foi dans des temps forts où il peut recevoir une formation, se préparer à un sacrement, s'engager dans l'animation, se retrouver avec d'autres, et il aime le faire en « famille » - famille « large », c'est-à-dire plusieurs caravanes : les enfants mariés, le frère, la soeur, chacun avec les siens.

Les pèlerinages, les Ecoles de la Foi, les sessions répondent à ce besoin ; l'Aumônerie Nationale ou Régionale, la Communauté de l'Emmanuel proposent et organisent, avec des voyageurs bien sûr. 

 

Pour nous, les y rejoindre, c'est déjà retrouver tous ceux avec qui nous avons voyagé, stationné, vécu, depuis 25 ans, dans une grande partie de la France - çà fait de la « route » ! - c'est vivre ensemble ces temps forts pour continuer le chemin commencé, c'est les encourager par notre présence... C'est ainsi qu'ils le ressentent et l'expriment.

Nous nous rendons compte, avec le recul, de la profondeur des liens que nous avons tissés par le partage de leur condition, au quotidien, pour le meilleur et pour le pire !
Procession
On n'avait pas l'impression de « faire » grand-chose, on a semé, on a essayé - en équipe - de donner le goût de la Parole, de rassembler, de leur donner leur place... et on réalise que quelque chose a germé ! Cette année, par exemple, nous avons vécu Paray-le-Monial, Ars et Lourdes avec une famille du Centre de la France, connue alors qu'ils étaient presque dans la misère : ils ont fait les saisons tout l'hiver et le printemps et ont pu prendre la route, une des filles s'est confirmée à Paray, son mari a fait sa première communion après une préparation sérieuse et si le travail le leur permet, ils feront peut-être cet hiver «l'Ecole de la Foi» pour les jeunes qui se vivra en Isère et à laquelle nous sommes invitées à participer ; un autre voyageur de Seine et Marne, un frère pour nous, tellement on a vécu de choses ensemble, papa de deux grandes filles a décidé d'aller à Paray l'an prochain pour qu'elles vivent un temps fort avec d'autres, c'est la première fois...
Ces amitiés durent et peuvent se vivre même si on se rencontre une fois par an - en culture nomade (ou ce qu'il en reste) ce n'est pas un problème, on se retrouve comme si on s'était laissés la veille ! - se situent toujours dans un partage de vie et de Foi, on ne sépare pas, on vit tout ensemble, et il est bien rare de ne pas parler de Dieu lorsqu'on rencontre des voyageurs, c'est « naturel », c'est aussi ce qu'ils attendent de nous. Le terrain - lieu de rencontre

Cela c'est pour l'été ! La mission, c'est aussi le reste de l'année à Bonnefamille. Il y a beaucoup de voyageurs dans la région et même très près de chez nous - éternelle question du temps ! Nous connaissons déjà quelques familles, nous participons aux rencontres et à ce qui se vit en Région. Nous sommes conscientes qu'un jour nous ne voyagerons plus du tout et nous essayons de faire de Bonnefamille un lieu d'accueil : déjà les uns ou les autres sont venus avec leur caravane pour quelques jours, ils y trouvent ce qu'ils aiment : un lieu où ils sont bien accueillis, l'amitié, une fraternité vivante, plus large que nous trois- ça passe très bien, de part et d'autre, avec les jeunes - la possibilité de prier avec nous.
Pèlerinage à Ars La prière… c’est un monde qui prie, qui crie vers Dieu dès que quelque chose ne va pas, qui peut faire des centaines de kilomètres pour aller dire merci à Lourdes, ou ailleurs, quand les choses vont mieux… ils y croient et ils croient à la nôtre !... drôle de responsabilité !... personnellement, ils me bousculent, m’interrogent, « m’obligent » à l’intercession… Combien de coup de fil recevons-nous de partout, même du courrier d’Irlande et d’Angleterre : des Voyageurs de passage à la Verpillière, nous nous étions approchées avec notre anglais plus que réduit, très bien accueillies, tout de suite, ils avaient demandé de bénir leurs véhicules, depuis ils écrivent –
heureusement qu’il y a Carmen qui comprend l’anglais! – et demandent notre prière avec une confiance assez bouleversante, celle des petits, que la vie ne ménage guère…

Qu’ils soient d’Irlande, de France, de Roumanie ou d’ailleurs, leur vie n’est pas simple et ils sont « pris » entre deux mondes : le nôtre, par le travail, l’école, la société de consommation et le leur, qui passe du nomadisme à la sédentarisation et qui en perd – en partie du moins – les valeurs qui étaient liées à un mode de vie ; les jeunes sont souvent déboussolés, tiraillés, et les parents dépassés !... cela ne leur est pas propre et ce n’est pas nouveau, mais « ici et maintenant », il nous revient d’être bien présentes, même si c’est autrement, et de « profiter » de nos acquits – toutes les années vécues sur les terrains – pour creuser, approfondir, accompagner, participer aux réflexions, en toutes occasions.

Je suis toujours remuée quand je vois ces hommes et ces femmes, ces jeunes et ces vieux, aux visages burinés, marqués par leur vie, prier en public et dire leur Foi ; c’est un geste fort, c’est vrai… quand on sait d’où ils viennent !... et les fruits cachés, vécus au quotidien, on ne peut que remercier d’en être témoin, et d’en être enrichies.
Bonne route à tous

                                 Petite seur Jacqueline Faynot
Petite Soeur Jacqueline