Faire vivre les dons insoupçonnés

Expériences à Salapoumbe/Cameroun

Les petites sœurs de la fraternité de Salapoumbe (Cameroun) accompagnent depuis de longues années des enfants Bakas vers la scolarisation, en proposant une méthode spécifique : ORA - Observer Réfléchir Agir. Antoinette, jeune postulante congolaise, partage ses découvertes en arrivant dans cette fraternité au milieu de la forêt:


"En quittant Yaoundé, j’ai pensé arriver le même jour à Salapoumbé. Mais en voyageant, j’ai découvert que la route ne se terminait jamais. Quand nous sommes arrivées à Yokadouma, j’ai demandé si nous étions déjà arrivées mais on m’a dit qu’il y avait encore environ 140 km à faire.
En cours de route, j’ai découvert les gros arbres et la belle forêt sans limite. Je m’attendais à voir les éléphants et d’autres animaux mais je n’ai vu que les troupeaux de bœufs qui venaient du nord et les gros camions qui transportaient les gros troncs d’arbre que je n’avais jamais vus. En croisant ces derniers, j’avais tellement peur car j’avais l’impression qu’ils allaient tomber sur la voiture où nous étions.


A l’école, la rentrée était prévue au début du mois de septembre mais nous n’avons eu que quelques enfants vers la fin du mois. Les deux premières semaines du même mois, nous n’avons fait que débrousser autour de l’école et mettre tout en place. En voyant la lenteur des parents pour inscrire leurs enfants à l’école, nous avons décidé d’aller les visiter et les conscientiser.


Leur réponse était qu’ils n’ont rien pour inscrire leurs enfants.
Comme les jours avançaient et que nous avions le programme scolaire à suivre, nous avons commencé avec le peu d’enfants qui étaient là. Et les autres se sont ajoutés au mois d’octobre. Actuellement, ils sont au nombre de 36, en deux niveaux : 14 en ORA2 et 22 en ORA1.

Après avoir organisé notre vie en fraternité, chaque lundi et mardi de 7h30 à 12h, je suis à l’école ORA2 avec sœur Lydia pour apprendre la méthode ORA (Observer Réfléchir et Agir). Petit à petit, j’ai commencé à donner aussi les leçons de lecture, calcul et catéchèse. Je trouve que la méthode est bonne car tous les enfants participent pendant le cours et ceux-ci sont contents de l’animation proposée.


Avec ces enfants il faut être «prêt à tout» et avoir donc beaucoup de patience sinon ils vont vite se décourager et abandonner l’école; en effet certains, lorsqu’ils se réveillent le matin, décident eux-mêmes si aller à l’école ou pas, aucun adulte ne les obligera à y aller s’ils préfèrent rester à la maison. Ne les oubliez pas dans vos prières!
Ce qui m’étonne un peu de certaines personnes d’ici c’est que j’ai l’impression qu’elles ne se donnent pas beaucoup au travail. Ceux qui arrivent à gagner un peu d’argent, penseraient-ils à nourrir leur famille et scolariser leurs enfants ? Je vois certains petits enfants qui se débrouillent tous seuls pour trouver quelque chose à manger. Ils viennent de l’école tout fatigués et partent chercher, par exemple, les fruits en forêt pour se redonner un peu de force.

Le 27 février, Monseigneur Paul, évêque du Diocèse de Yokadouma, a visité notre petite école. Il était accompagné par les prêtres de notre paroisse: Abbé Teddy, notre curé, et Abbé Joseph, son vicaire. A leur arrivée, un des «nos» enfants s’est avancé pour offrir à Monseigneur un bouquet de fleurs… Puis par des danses et des chants, les élèves ont continué leur accueil joyeux. L’évêque s’est montré très surpris de tant d’animations et il nous a dit qu’il aimerait, un jour, organiser une espèce de Festival dans lequel les enfants des écoles catholiques pourraient montrer leurs dons en matière de chants etc.
Monseigneur a été aussi heureux de voir le travail et les cahiers des élèves d’ORA 2. Il nous a tous fort encouragés, il ne s’attendait pas en effet à ce que nos élèves arrivent à lire, écrire et compter.



Ici au Cameroun, le 11 février on célèbre la Fête Nationale de la jeunesse. J’ai pu moi aussi y participer avec notre centre d’éducation de base, car toutes les écoles défilent, en ce jour, devant une tribune remplie d’autorités locales.

 

Le matin, Monsieur Kisito (animateur d’ORA 1), sœur Lydia, Brigitte et moi-même sommes allés accompagner nos élèves à la place des «Fêtes». Ils étaient très beaux à voir, chacun portait l’uniforme de l’école: un t-shirt clair avec un pantalon ou une jupette beige.



Moi, j’ai emporté notre tam-tam pour rythmer les pas d’un chant que nous avions appris aux enfants pour le défilé. J’ai pensé que notre «performance» n’intéressait personne mais les gens nous ont bien félicités et les enfants qui y avaient pris goût auraient voulu «défiler» encore une fois. Ce fut une très belle journée."







 

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